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Première neige – Création sonore – 60’

Suivre l’empreinte sauvage, capter la ligne blanche, se confronter au regard animal, et se mêler au sauvage. Entre expérience des territoires blancs et sensibilité artistique, Jérémie Villet nous emporte dans un rêve auditif, peuplé des êtres fragiles et majestueux qu’il photographie.

Comme une continuité parallèle au livre, les histoires contées résonnent avec les photos imprimées et créent des ponts imaginaires entre l’œil et l’oreille.

Une création sonore originale de Camille Juzeau,
Composition musicale de Alice-Anne Brassac
Mixage de Laurie Galligani.


– Bonjour, dit le renard.
– Bonjour, répondit poliment le petit prince, qui se retourna mais ne vit rien.

Le voyageur est perdu dans un songe. Inlassablement, il tire son traîneau comme une charrue de labour à travers la poudreuse. Il s’excuserait presque d’y laisser la trace de son sillon, si elle n’était effacée aussitôt par le blizzard. Il plisse un peu plus les yeux comme pour mieux voir, grisé par les éléments. Il n’est pas fou ! Non, il n’est pas fou, se répète-t-il en cultivant l’espace infini des confins inhospitaliers.

À chaque foulée, il s’éloigne un peu plus du monde des hommes. Ses préoccupations sont dissipées par une émotion plus profonde, originelle et essentielle. Ses sens s’aiguisent, sa perception change. Son imaginaire s’approprie l’écrin monochrome. C’est ici que naît son inspiration, au creux de ce désert de neige, seul avec lui-même.

« On ne voit bien qu’avec le cœur » disait encore le renard de Saint-Exupéry. Il est peut-être là, le secret de Jérémie, la source de sa foi et de son ardeur. Ainsi, au milieu de la tempête, agrippé à sa toile de tente, il tient bon. Loin de tout repère conventionnel, il s’accroche à l’espoir que sa vulnérabilité est porteuse de sens. Il sait que les épreuves du chemin sont nourricières des plus grandes joies. Il garde confiance en lui et en son projet lorsque son corps et son matériel sont éprouvés par le froid. Demain, peut-être, il le verra son renard !

Malgré l’adversité, il se sent bien dans la nature. Jérémie n’est pas un aventurier.
C’est un poète, un passionné. Il ne connaît pas d’autre réalité que celle de ses émotions écorchées vives. Il s’entraîne à ressentir toujours plus intensément ce qui le rend humain, à l’opposé d’une vie rangée. Alors enfin le vent du nord lui offre un répit, le soufflement harassant s’apaise et le ciel se couvre d’étoiles. Les aurores boréales dansent toute la nuit et réconfortent
le veilleur de leur présence pénétrante. À l’aube, il se lève un homme nouveau. Le temps n’a plus d’emprise. Ébloui par une divine lumière, il exulte, il est prêt.

Cela peut être une ombre, un bruissement, une odeur, une empreinte dans la neige. Jérémie sait interpréter les signes de la nature, les lire comme des histoires qui l’accompagnent. Il ne fait plus qu’un avec son environnement, en harmonie avec le sacré. S’il ne peut pas se dissimuler ou se faire oublier, à terme, il apprendra à se faire accepter de ses hôtes les plus fiers.
À force de patience et d’humilité, ses rêves de pureté trouvent forme dans le galbe flatteur d’un lagopède, le regard perçant d’un prédateur, l’allure gracieuse d’un ongulé, un flottement de temps, quelques instants privilégiés dont lui seul peut mesurer l’importance.

Dans la ville, les grandes personnes ne comprendraient pas ! Il n’est pas facile de comprendre ce que l’on ne voit pas, encore moins de préserver ce qui ne semble plus très important. Le lien se rompt avec le sauvage par excès de confort. L’homme s’est tant battu pour échapper aux violences de la nature qu’il en devient le principal pourvoyeur. Et l’homme de nature éprouve bien des peines dans un monde en perte de biodiversité. Heureusement, Jérémie ne se décourage pas. À la ville, il est artiste !

L’artiste, par définition, c’est une personne déchirée. Derrière une apparente facilité se cache une souffrance nécessaire, appréhendée avec sagesse et beaucoup de pudeur. Doué d’une sensibilité extrême, Jérémie est aussi lucide avec les hommes qu’avec les animaux. Son raffinement humain fait de lui un merveilleux conteur, capable de transmettre une idée aussi étrangère que la vie sauvage au public le plus civilisé. Sa passion est palpable, véritable, il vit pour partager ses joies et pour élever son prochain. C’est un esprit positif, idéaliste malgré lui, rongé par le talent. En témoigne la précision de ses photos.

Je ne suis pas critique d’art. Aussi je me garderai bien de détailler mon admiration pour le travail de mon collègue et ami, dont la qualité me semble parler d’elle-même. J’aurais trop peur de limiter l’objet de ce livre à un commentaire inutilement technique. Première Neige est une collection de photographies hétéroclite qui se doit totalement libre d’interprétation. Le blanc est le seul dénominateur commun de ces moments choisis, autant de rencontres bouleversantes avec des animaux sauvages dans leur milieu.

Cependant, je voudrais noter l’ambiguïté de la photographie animalière en tant que discipline artistique. Elle est davantage un art dans toutes les limitations imposées par le format que dans la démarche puriste de Jérémie, qui elle est bien ancrée dans le réel. Ses photos sont aussi authentiques que possible, sans artifice et sans retouche. La neige, délicatement surexposée mais perceptible sur chaque photo, n’est pas une simplification. Il s’agirait plus d’une invitation à la rencontre de l’auteur, de ses récits et de sa passion pour le sauvage.

Regardez avec le cœur…

L.A.

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